L'Express du 21/11/2002

Armelle et Hugo Jakubec, La céramique à quatre mains

Inclassable. C'est le premier mot qui vient à l'esprit quand on rencontre Hugo Jakubec. Exilé en France depuis 1983, ce dissident pragois a adopté la céramique un peu comme il s'est approprié sa terre d'exil: en la prenant à bras-le-corps. A Paris, il est tombé amoureux d'une jeune peintre céramiste originaire d'Anjou, Armelle Benoît. L'intérêt de Gérard Garouste pour les recherches menées par Armelle stimule chez les amoureux l'idée de faire œuvre commune. A l'époque, le célèbre peintre travaille à la commande du palais de justice de Lyon, et rêve à de grands panneaux de 1,80 mètre sur lesquels les reflets de la terre vernissée pourraient donner toute leur mesure. Le temps d'aménager en atelier l'ancienne tuilerie du village des Rairies (Maine-et-Loire) et le couple relève le défi. Si Armelle, passée par les beaux-arts, poursuit en même temps son œuvre de peintre, rien ne serait plus réducteur que de les voir comme «la tête et les mains». En bon artisan, Hugo ne recule devant aucun défi technique. L'artiste catalan Miquel Barcelo veut venir chez lui pour réaliser des jarres en terre de taille humaine? Qu'à cela ne tienne: Hugo imagine un four modulable et parvient à cuire les pièces demandées. Aujourd'hui, c'est pour le designer italien Ettore Sottsas qu'il moule des vases aux couleurs vives et aux profils brancusiens, tout en accueillant dans son atelier des élèves des beaux-arts d'Angers. Lorsqu'on lui demande pourquoi il est l'un des rares artisans à réussir à travailler de concert avec des artistes contemporains, il se contente de hausser les épaules en souriant. Autodidacte, sans doute est-il moins prisonnier de l'héritage de la tradition. Ce qui le pousse à rester constamment en éveil, avide de nouvelles expériences.

 

Pauline Sommelet